Aux Etats-Unis, Portland ou le carrefour des colères

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Par Corine Lesnes

Publié aujourd’hui à 04h46, mis à jour à 08h15

Le wapiti de Portland a disparu. L’iconique statue du centre-ville, un bronze érigé en 1900 à la gloire du noble « cerf des Rocheuses », a succombé aux manifestations Black Lives Matter (BLM). Non qu’il ait souffert – un spécialiste d’architecture qui a pu lui rendre visite a attesté qu’il était intact –, mais il a été mis à l’abri par la mairie quand les feux allumés par les protestataires se sont rapprochés trop près de ses flancs.

C’était le 2 juillet, 33e jour du mouvement. Au 64e jour, il a été remplacé par une statue de métal et carton, façon compression de ferraille recyclée. Cauchemardesque et aussitôt baptisée « Nightmare Elk ». Autour de ses bois, des portraits des victimes des brutalités policières. Et une inscription gravée sur les pattes : « Pour ceux qui nous ont quittés et ceux qui continuent à lutter ».

Plus de trois mois après la mort de George Floyd, à Minneapolis (Minnesota, et le début des manifestations antiracistes aux Etats-Unis, la contestation ne faiblit pas dans la première ville de l’Oregon. « Nous sommes les 99 % », proclame une pancarte devant le wapiti désossé. Une sorte de Mai 68 entre la Columbia et la Willamette, les deux rivières qui baignent la ville et lui donnent un vert prononcé.

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Tous les jours, la galaxie BLM propose un choix d’activités qui occupent un calendrier entier : « Comment parler racisme à ses enfants » ; « Cercle de partage : race, justice et yoga » ; « Acupuncture pour les victimes de gaz lacrymogène ». La nuit, ce ne sont pas les pavés qui volent en direction des forces de l’ordre, mais les bouteilles d’eau et les feux d’artifice. Depuis peu sont apparus les cocktails Molotov.

Le musée de Black Lives Matter

En ce centième jour de protestations, les bénévoles attendent les rescapés des arrestations de la nuit devant le commissariat, sur la IIe Avenue. Déjà neuf libérations et il n’est pas encore 8 heures.

Colten Waisanen, 28 ans, sort de sa tente. Le militant, qui s’est joint depuis les débuts aux troupes d’occupation du centre, a grandi dans le Minnesota. Il a laissé tomber l’école après la mort de sa mère, écrasée par le pick-up dont elle essayait de changer une roue. Il a été cuisinier, menuisier et suicidaire. Au début de l’hiver, il a fui les plaines du nord pour partir sur la route, façon Kerouac. « C’est très important pour nous, dit-il, d’arriver quelque part dans cette société. »

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